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L’Indopacifique artisan de l’équilibre mondial


Equilibres mondiaux | L'Europe et le monde

L’Indopacifique est un espace supranational dont le concept a été créé pour des raisons géopolitiques dans le but de limiter la volonté hégémonique de la Chine et d’équilibrer les pouvoirs. Il est ainsi un espace de développement des stratégies des grandes puissances et fait l’objet d’un intérêt croissant.

Du point de vue géographique, il s’étend de la côte est de l’Afrique à la côte ouest des Etats-Unis et couvre à peu près la moitié de la surface du globe, ces limites faisant débat.

Du point de vue économique et géopolitique, c’est une zone de commerce intense, notamment de produits stratégiques comme le pétrole, de grande richesse halieutique, de conflits militaires potentiels nombreux, et dont la très grande partie maritime est un enjeu sécuritaire et environnemental.

L’accroissement de la puissance économique et militaire de la Chine et ses revendications territoriales ont incité les grandes puissances à définir leur stratégie en Indopacifique et à renforcer leur présence militaire.

La stratégie de l’Europe se présente comme moins conflictuelle que celle des Etats-Unis, avec néanmoins une volonté de renforcer sa présence. Elle défend un ordre international fondé sur le respect du droit notamment en matière de navigation, et le principe de coopération sur des sujets comme la lutte contre le réchauffement climatique, dont les effets sont particulièrement dommageables dans cette partie du monde.

De la sécurité des mers et des océans dépendent le maintien des flux commerciaux et de l’activité portuaire, et la garantie des approvisionnements en ressources naturelles nécessaires aux économies. La liberté de navigation est donc indispensable ainsi que la lutte contre le terrorisme et la piraterie. La protection de cette sécurité est la raison d’être du QUAD, Dialogue quadrilatéral pour la sécurité (Etats-Unis, Inde, Japon, Australie). La France pour sa part, participe au Shangri-La Dialogue qui est un forum de haut niveau sur les questions de sécurité et de défense réunissant chaque année les ministres de la défense de la zone.

Certains points des routes maritimes sont particulièrement sensibles et polarisent les tensions, risquant d’interrompre ou de modifier ces routes.

Ainsi, un conflit entre la Chine et Taïwan rendrait impraticable le détroit de Taïwan qui est une route commerciale cruciale, notamment pour le transport des semi-conducteurs, des produits électroniques et du gaz naturel. Il est emprunté par près de la moitié des porte-conteneurs dans le monde.

L’insécurité dans le détroit de Malacca, passage obligé pour les pétroliers, a conduit la Chine à financer le « corridor économique » Chine-Pakistan afin d’avoir une porte d’entrée sur l’Océan Indien avec le port de Gwadar. Elle peut ainsi recevoir du pétrole d’Afrique ou d’Iran et éviter Malacca.

La découverte de gaz, de pétrole et de plusieurs minerais en Mer de Chine a conduit la Chine à s’approprier les iles Spratleys et Paracels, d’où des incidents récurrents avec les Philippines notamment. Ces conflits avec plusieurs pays de la zone tiennent au caractère stratégique de ces lieux de forte circulation maritime, et à la volonté d’acquérir des domaines de pêche. L’Indonésie, la Malaisie, Taïwan, le Vietnam, Brunei ont aussi des revendications territoriales.

Il faut donc compter sur la négociation et la diplomatie pour surmonter les différends. En ce sens, la signature du RCEP (Regional Comprehensive Economic Partnership) bien que n’incluant ni les Etats-Unis, ni l’Inde, formalise des intérêts communs dans la plus grande zone de libre-échange dans le monde.

L’Indopacifique comprend trois membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies (si on exclut la Russie), mais il n’existe aucune instance de gouvernance qui permettrait de garantir une liberté de circulation et de définir des règles de sécurité qui seraient reconnues par les pays de la zone et surtout à la fois par la Chine, l’Inde et les Etats-Unis.