2027 sur les réseaux sociaux : une campagne et trois batailles.
Politique & Société
En janvier 2026, l’enquête « Les Français et l’information » indiquait que 44 % des Français s’informaient chaque jour sur les réseaux sociaux, une proportion qui atteint 66 % chez les 15-24 ans. À moins d’un an d’une élection présidentielle majeure, ce chiffre dit une chose simple : la bataille de l’opinion ne se joue plus seulement dans les journaux, les matinales ou les meetings. Elle se joue chaque jour sur les plateformes numériques.
À première vue, cela pourrait être une excellente nouvelle : jamais il n’a été aussi simple de parler directement aux Français. En réalité, il n’a jamais été aussi difficile pour les partis de gouvernement de s’y faire entendre. Facebook, Instagram, Tiktok, Youtube et autres obéissent en réalité à une loi implacable : ce qui émeut, choque ou indigne est récompensé par l’algorithme quand ce qui argumente et nuance est souvent laissé de côté. Cette « économie de l’attention » profite pleinement aux populistes dont les méthodes consistent justement à simplifier, heurter, dénoncer sans jamais avoir à démontrer. Faut-il pour autant leur laisser le champ libre ? Surtout pas. À l’approche de 2027, il est encore temps pour les partis de gouvernement de reconquérir les réseaux sociaux et d’y mener trois batailles.
Le combat contre la désinformation
La première est celle de la vérité. Sur TikTok en mai 2026 J. Bardella promettait une fois au pouvoir de réaliser « des milliards d’euros d’économies sur les dépenses inutiles ». Curieuse leçon de rigueur budgétaire quand, quelques mois plus tôt, le Rassemblement national votait avec LFI plus de 33,5 milliards d’euros de hausses d’impôts. Double discours quand tu nous tiens … Les réseaux sociaux ne doivent pas être abandonnés aux promesses simplistes, aux chiffres mouvants et aux slogans faciles. Lorsque ce travail n’est pas fait, ou lorsqu’il n’a pas le temps de l’être dans le rythme médiatique traditionnel, les responsables politiques des partis de gouvernement doivent se saisir de l’espace offert par les plateformes numériques pour le faire eux-mêmes : mettre les contradictions sous les yeux des Français, confronter les promesses démagogiques à leur coût réel ou encore pointer du doigt les limites de telle ou telle proposition.
Le bilan ne se négocie pas, il se défend
La deuxième bataille est celle du récit. Là encore, les réseaux sociaux ne doivent pas être abandonnés aux populistes et à leurs leçons de morale biaisées. Leur procédé est connu : disqualifier les partis de gouvernement en érigeant quelques échecs en effondrement général. A longueur de tweet ou de vidéos, ils voudraient que ceux qui ont gouverné baissent les yeux, s’excusent de tout et leur abandonnent les manettes du pays. Quelle erreur ce serait ! Crise financière, crise sécuritaire, crise sanitaire : chaque fois, notre pays a su traverser ces tempêtes grâce à un État solide mais aussi grâce à des responsables politiques qui ont pris des décisions courageuses. Pourtant, il n’y a aucune honte à parler de ce qui a été fait, à défendre ce qui a fonctionné, à promouvoir les résultats obtenus. C’est même indispensable. C’est en faisant connaître nos réussites que l’on regagne la confiance et que l’on montre que la démocratie agit, protège et transforme. Voilà à quoi cette bataille du récit doit : non seulement répondre aux attaques des démagogues mais aussi affirmer un bilan, le revendiquer et le faire vivre grâce aux formats qui s’y prêtent : vidéos longues, podcasts, émissions en ligne ou plateformes comme Twitch.
Réhabiliter la pédagogie politique
Enfin, la troisième bataille est celle du sens. Une phrase choc sur l’immigration. Une vidéo de trente secondes sur les impôts. Une promesse immédiate sur le pouvoir d’achat. Face à cela, les partis de gouvernement ne doivent pas chercher à rivaliser avec ceux qui vivent du bruit. Leur rôle est de réinstaller du sens. Les réseaux sociaux ne condamnent pas forcément au clash ni à la petite phrase. Ils peuvent aussi servir le temps long : une vidéo de dix minutes pour expliquer une réforme, un podcast pour revenir sur un choix budgétaire, une émission en ligne pour répondre directement aux Français sur l’école, la sécurité, la santé ou l’immigration. En un mot, il faut refaire de la pédagogie. Expliquer n’est pas faire preuve de condescendance comme l’ont pendant longtemps fait croire les populistes. C’est même tout l’inverse. Là où ils infantilisent les Français en leur faisant croire que tout serait simple, les partis de gouvernement doivent leur parler en adultes. Pourquoi une réforme est-elle nécessaire ? Que coûte-t-elle ? Qui protège-t-elle ? Quels efforts demande-t-elle ? Voilà les questions auxquelles il faut répondre clairement, directement, patiemment.
Trois batailles donc : la vérité, le récit, le sens. Elles ne pourront pas être gagnées en imitant les méthodes de ceux qui prospèrent sur le bruit, la caricature et l’émotion permanente. Les partis de gouvernement ne convaincront pas en transformant chaque débat en affrontement ni en répondant à la simplification par une autre simplification. Ils convaincront s’ils parviennent à faire des réseaux sociaux ce qu’ils devraient être : des outils supplémentaires au service des Français.
C’est là toute la différence. Il ne s’agit pas d’utiliser le numérique pour promouvoir un candidat, fabriquer une image ou occuper l’espace. Il s’agit de s’en servir pour dire la vérité, défendre un bilan sincère, expliquer les choix nécessaires et permettre à chacun de comprendre les enjeux de cette élection comme les projets proposés. À cette condition, les réseaux sociaux peuvent redevenir un espace utile à la démocratie. À défaut, d’autres continueront d’y imposer leurs mensonges, leurs simplifications et leur récit d’effondrement.



