Trump contrôle-t-il les relations commerciales
Géopolitique & relations internationales
Donald Trump poursuivait trois objectifs par ses décisions de droits de douane de février/avril 2026 :
– Réindustrialiser les Etats-Unis,
– Prélever 400 à 600 milliards de dollars sur le commerce international pour financer des baisses d’impôts sur les classes supérieures américaines,
– Faire des Etats-Unis une puissance impériale dominante.
Réindustrialisation, recettes fiscales, hégémonie : l’agenda commercial de Trump
Pour atteindre ces objectifs, il a mis en place des tarifs douaniers massifs en mars-avril 2025 faisant passer les droits moyens de 3% à 15% selon certaines estimations et autour de 12% après négociation avec les partenaires des Etats-Unis à l’automne 2025. Contrairement à ce que Trump pensait, ces droits seront payés à plus de 95% par les consommateurs américains sous forme de hausses de prix.
Or si Trump pense impacter le commerce mondial au bénéfice des Etats-Unis, il n’a pas pris en compte le fait que si les Etats-Unis pèsent 23% du PIB mondial, en prenant en compte les données nominales et en PPA, ils n’atteignent que 11,5% du commerce mondial (parts imports + exports). La politique commerciale de Trump a poussé les autres pays à multiplier les accords commerciaux pour contourner les Etats-Unis, comme l’Union européenne avec le Mercosur, l’Inde ou le Japon.
Des droits de douane massivement répercutés sur les consommateurs américains
De plus, la Cour suprême des Etats-Unis a invalidé le 20 février 2026 les droits de douane pris sur la base de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA, 1977) car l’IEEPA ne donne pas au président le pouvoir d’imposer des tarifs douaniers, un pouvoir qui appartient exclusivement au Congrès. Tous les tarifs ont été invalidés à compter du 24 février 2026.
La Cour suprême invalide l’IEEPA : le Congrès reprend la main
Trump lance alors en mars 2026 une enquête section 301 (Trade Act de 1974) sur la surcapacité industrielle de 16 économies (Chine, UE, Mexique, Japon, etc.) et impose un tarif de 10% sur la base de la section 122 (Trade Act de 1974). Mais le 7 mai 2026, la Cour du commerce international (CIT) – US Court of International Trade, tribunal fédéral) a annulé le tarif de 10% sur le fondement de la section 122. Demeure l’enquête sur le fondement de la section 301. L’Union européenne a toutefois accepté de maintenir le tarif de 10%.
Trump ne contrôle pas le commerce international mais il est en train d’isoler les Etats-Unis dans le commerce international. Néanmoins, certaines mesures prises, notamment contre l’UE et la Chine, perdurent. Surtout, le pays qui garantissait l’Ordre international de 1944 à 2024 apparaît en prédateur et justifie le retour de la force dans les relations internationales. A ce stade, la politique économique impériale des Etats-Unis fait plus de mal aux Etats-Unis et à leurs alliés qu’à leurs ennemis et n’a pas contribué à la réindustrialisation du pays.
Vers quel ordre commercial après Trump ?
Que peut-on anticiper sur l’évolution du commerce international à l’intersection des mesures de Trump et des décisions des Cours américaines pour les prochaines années ? Peut-on imaginer un retour du rôle antérieur des Etats-Unis comme garant de l’Ordre international, ou c’est fini à jamais ? Quelle pourrait être, après Trump, la politique commerciale des Etats-Unis dans un monde multipolaire ?



