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L'infrastructure de la confiance : pourquoi la philanthropie de nouvelle génération est essentielle pour construire un monde en paix


Géopolitique & relations internationales

La communauté internationale entre dans une période où le financement du développement, à lui seul, ne suffit plus à soutenir la coopération mondiale. Les contraintes budgétaires s’accentuent, la compétition géopolitique s’intensifie et de nombreuses sociétés connaissent une fragmentation croissante. Si les États et les institutions multilatérales demeurent indispensables, ils ne peuvent, à eux seuls, répondre à l’ensemble des défis qui caractérisent notre époque.

Ce nouvel environnement appelle à une conception plus large de la philanthropie. La philanthropie de nouvelle génération ne doit plus être considérée comme une simple source supplémentaire de financement. Elle doit être pensée comme une institution capable de relier les individus, de favoriser la circulation des connaissances et de bâtir la confiance au-delà des frontières. Dans un monde fragmenté, ces fonctions deviennent des atouts stratégiques.


Pendant des décennies, les débats sur le développement mondial se sont concentrés sur une question essentielle : où trouver les financements ? Cette question reste fondamentale, mais elle ne suffit plus.
Les capitaux financent les projets. Les connaissances renforcent les capacités. La confiance rend possible une coopération durable.
Ces trois éléments forment une progression naturelle. Les ressources financières, sans les connaissances nécessaires, créent souvent des situations de dépendance. Les connaissances, sans confiance, peinent à dépasser les frontières politiques ou culturelles. Ce n’est que lorsque ces trois dimensions sont réunies que le développement peut devenir véritablement durable.Je propose donc de considérer la philanthropie comme une composante de l’infrastructure mondiale de la confiance. De la même manière que les infrastructures routières relient les territoires ou que les infrastructures numériques relient les informations, une infrastructure de la confiance relie les sociétés. Elle permet aux gouvernements, aux entreprises, aux universités et aux organisations de la société civile de coopérer malgré les incertitudes.

La transformation économique spectaculaire de l’Asie a créé des opportunités inédites pour la philanthropie. En Chine comme dans d’autres économies asiatiques, les familles d’entrepreneurs traversent une transition historique, marquée par la transmission du patrimoine, du leadership et des responsabilités à une nouvelle génération.
Cette évolution intervient au moment même où la demande internationale d’expériences concrètes en matière de développement ne cesse de croître. Les réussites de la Chine dans la réduction de la pauvreté, les paiements numériques, l’industrie manufacturière, l’entrepreneuriat ou encore le développement des infrastructures constituent un ensemble d’enseignements précieux, qui viennent compléter les ressources financières disponibles.
La philanthropie asiatique dispose ainsi d’une occasion unique d’apporter une contribution singulière : non seulement des financements, mais aussi de l’expérience ; non seulement de la charité, mais aussi des partenariats ; non seulement des capitaux, mais surtout des capacités.

Le plus important investissement que puisse réaliser aujourd’hui la philanthropie n’est sans doute ni dans les bâtiments ni dans les programmes, mais dans les personnes.
Les jeunes entrepreneurs, les héritiers des entreprises familiales, les chercheurs et les futurs responsables publics façonneront la coopération internationale au cours des quarante prochaines années. Les relations nouées dès le début de leur parcours constituent souvent le socle invisible de la diplomatie, des investissements et de la coopération scientifique de demain.
Les gouvernements négocient. Les entreprises investissent. Les universités forment. Les jeunes bâtissent la confiance.
Les programmes d’échanges entre futurs dirigeants, les dialogues entre entreprises familiales, les initiatives conjointes de recherche et les programmes éducatifs internationaux devraient donc être considérés comme des investissements stratégiques au service de la paix, plutôt que comme de simples activités éducatives facultatives.

À l’avenir, la philanthropie devra aller bien au-delà du simple financement.
Les organisations philanthropiques peuvent réunir des acteurs qui ne se rencontreraient jamais autrement, encourager des expérimentations que les gouvernements ne peuvent pas toujours conduire, et entretenir des relations sur plusieurs décennies plutôt qu’au rythme des cycles électoraux.
Cette fonction est particulièrement précieuse à une époque où les tensions géopolitiques réduisent les possibilités de dialogue officiel. La philanthropie offre des espaces neutres dans lesquels entrepreneurs, universitaires, étudiants et représentants de la société civile peuvent continuer à échanger, même lorsque les canaux diplomatiques traditionnels deviennent plus difficiles.

Un monde en paix exige bien davantage que des ressources financières. Il a besoin d’institutions capables de créer de la confiance entre les cultures et entre les générations.
Le succès de la philanthropie de demain ne devrait donc pas être évalué uniquement à l’aune des sommes distribuées, mais aussi à celle de la confiance qu’elle aura su faire naître.
Si le financement du développement construit les infrastructures matérielles, la philanthropie de nouvelle génération doit construire l’infrastructure de la confiance.

Le capital construit des projets.
La connaissance construit les capacités.
La confiance construit la paix.

C’est, selon moi, la prochaine frontière de la philanthropie asiatique, mais aussi l’une des contributions les plus importantes que l’Asie puisse apporter au développement mondial.