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Contrat social intergénérationnel : refonder plutôt qu'opposer


Social

Un Français sur cinq a aujourd’hui plus de 65 ans. En 2050, ce sera un sur trois. Dans le débat public, les jeunes retraités sont parfois présentés comme les grands gagnants de notre modèle social. Dans le même temps, les jeunes générations affrontent une réalité bien différente : sentiment de solitude, entrée sur le marché du travail bousculée par l’irruption de l’IA, et accès au logement de plus en plus dépendant du soutien familial.


Entre ces deux réalités s’impose une question que nous ne pouvons plus esquiver au moment du basculement démographique : le contrat social qui unit les générations depuis 1945 est-il encore tenable ?

La tentation est grande de lire cette situation comme une confrontation entre deux blocs : les « protégés » d’un côté, et les précarisés de l’autre. Mais cette grille de lecture est une impasse. Elle simplifie une réalité bien plus complexe et, surtout, elle nous enferme là où nous devrions construire des solutions collectives pour les nouvelles générations.

D’un côté, la situation des jeunes de 18-29 ans atteint un taux de pauvreté qui avoisine désormais 18 % en France, supérieur à celui des plus de 65 ans (moins de 10%). Leur insertion sur le marché du travail est désormais rendue plus difficile avec l’irruption de l’intelligence artificielle, qui remplace en premier lieu les emplois juniors et pose la question de l’apprentissage de ces nouvelles générations.

De l’autre, les travailleurs les plus âgés se heurtent, eux aussi, à un marché du travail qui les discrimine : seuls 42% des plus de 60 ans sont en emploi en France, c’est 10 points de plus en moyenne dans l’Union européenne.

Ces deux réalités s’inscrivent dans un contrat social qui s’appuie largement sur l’équilibre entre actifs et retraités. En 1960, quatre cotisants finançaient un retraité. Ils ne sont plus que 1,7 aujourd’hui, et seront encore moins demain. Ce modèle est sous tension et doit s’adapter à la nouvelle donne démographique.

Or, une économie où les jeunes restent durablement à la marge, où les seniors sont écartés trop tôt, est une économie qui produit moins, cotise moins, protège moins. À l’inverse, une société qui permet à chacun de travailler, à tous les âges de la vie, est une société plus prospère et plus solidaire.

Les jeunes et les seniors ne sont pas des concurrents sur le marché du travail. Des études récentes, menées dans une trentaine de pays de l’OCDE, confirment que l’emploi des seniors et celui des jeunes progressent ensemble.

Plus de jeunes en emploi, plus de seniors en activité : c’est ainsi que nous renforcerons notre modèle social, et non en organisant leur opposition. Le combat est là, mais il suppose d’embarquer toutes les générations.

Il s’agit donc de permettre aux jeunes d’accéder à l’emploi malgré l’essor de l’IA, tout en donnant aux seniors la possibilité de poursuivre leur activité et de transmettre leurs compétences, plutôt que de les voir écartés du monde du travail. Il faut également repenser les fins de carrière, faciliter l’accès au logement pour que la mobilité professionnelle des jeunes ne dépende plus du code postal de leurs parents. Enfin, il s’agit surtout d’engager une conversation sérieuse sur la contribution de chacun au financement d’un modèle social qui devrait pouvoir protéger tout le monde.

Le dernière édition du baromètre de la France qui vieillit montre qu’une large majorité de nos concitoyens sont conscients du basculement démographique. Ils sont lucides : ils savent que notre système de retraite est déficitaire, tout comme notre système de santé, et qu’il ne pourra pas être pérennisé sans de nouvelles réformes.

En parallèle, quelque chose se déplace. Une majorité de Français se dit aujourd’hui prête à travailler au-delà de l’âge légal, de façon aménagée et choisie. Cette aspiration traverse toutes les générations. Elle dessine une voie de passage pour nos politiques publiques et ouvre à une nouvelle organisation du travail en entreprise.

Opposer les générations, c’est se tromper de combat. Comme à chaque grande transition, il existe deux manières de réagir : subir ou anticiper. La transition démographique nous offre, si nous le choisissons, la chance de nous y préparer. Il est temps de saisir cette opportunité, non pas pour préserver un modèle à bout de souffle, mais pour en inventer un nouveau : plus juste, plus durable, et à la hauteur des défis que nous partageons tous.