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Aligner la formation avec la révolution des métiers


Social

Dans un monde où les repères vacillent, une certitude demeure : ce sont les compétences qui feront la différence. La révolution des métiers est en marche. La question n’est plus de savoir si elle aura lieu, mais si nos systèmes de formation sauront s’y adapter à temps.


Une transformation plus qu’une disparition des métiers

La révolution induite par l’intelligence artificielle n’est pas homogène. Certains métiers disparaîtront. D’autres seront marginalement touchés. La grande majorité sera elle transformée comme les fameux « cols blancs » : ingénieurs, juristes, comptables, médecins, journalistes. Ces métiers ne seront pas supprimés, mais devront se réinventer. Il ne s’agit pas de remplacer l’humain, mais de l’augmenter.

La difficulté, pour les écoles, est de devoir se transformer alors que nul ne sait avec précision quel sera l’impact final de l’IA générative sur les métiers tels que nous les connaissons aujourd’hui. La CCI Paris IDF, à travers 14 écoles dont HEC, ESCP, ESSEC, Gobelins, Ferrandi, ses formations du CAP au Bac+5, offre un panorama de l’enseignement supérieur privé non lucratif. Nous formons chaque année 44 000 étudiants dont 16 000 apprentis et 36 000 adultes en formation continue.

Former au plus près des besoins économiques

Notre premier principe est simple : écouter les entreprises. La CCI Paris IDF a toujours conçu ses écoles en lien direct avec les besoins économiques. Aujourd’hui, 400 000 emplois restent non pourvus en France, faute de profils adaptés. Ce chiffre, vertigineux, dit tout de l’urgence : avant même de parler d’IA, il faut aligner les formations sur les métiers en tension. Les entreprises doivent être pleinement associées à la définition des cursus, non pas comme des clients, mais comme des partenaires de conception.

Une génération biberonnée aux nouveaux outils, mais pas à l’abri des risques

Du côté des étudiants, un signal est éloquent : selon le baromètre du Crédoc, 85 % des 18-24 ans ont déjà adopté l’IA, une adoption jamais observée aussi rapidement en 25 ans. Cette génération ne découvrira pas l’IA en entrant dans le monde professionnel, elle y est déjà. Mais cette familiarité ne doit pas masquer un risque réel : celui de l’érosion progressive des capacités cognitives lorsque la délégation à la machine se substitue à la pensée.

Car l’IA ne pense pas à notre place. Elle synthétise, prédit, génère, mais elle hallucine aussi, se trompe, reproduit des biais. Pour en être le maître, et non l’assistant, il faut savoir des choses, articuler une pensée, repérer les erreurs, développer un avis personnel. La base des savoirs fondamentaux : lire, comprendre, raisonner, argumenter n’est pas négociable. Elle est, plus que jamais, le socle sur lequel tout le reste repose.

Équiper les jeunes à l’IA signifie leur apprendre à prompter avec précision, à exercer un esprit critique, à adopter une posture créative face à l’outil. Être augmenté, et non remplacé : c’est ça le cap !

Des écoles qui expérimentent plutôt que de théoriser

Nos écoles ne théorisent pas : elles expérimentent. L’ESCP, qui a signé un partenariat avec OpenAI, ouvrira une School of Technology dédiée à l’IA, au big data et à la cybersécurité, puis une School of Governance consacrée à la géopolitique et au droit international, cela dit que les compétences techniques ne peuvent être dissociées d’une compréhension du monde. L’ESSEC s’est associée à Mistral AI pour intégrer l’IA au cœur de ses pratiques pédagogiques. Ferrandi a introduit l’imprimante 3D en cuisine et créé un espace dédié à la créativité et à l’expérimentation.

La formation continue, un processus désormais permanent

Mais la très grande majorité des actifs n’a pas appris avec ChatGPT, la formation continue doit devenir un processus permanent. Dans nos écoles, la formation continue est construite au plus près de l’évolution des métiers, en temps réel, au rythme des transformations technologiques et des nouvelles opportunités qu’elles génèrent.

Naviguer dans un monde sans repère ne signifie pas naviguer à l’aveugle mais cela exige de se doter de nouvelles boussoles. L’enseignement est l’une des plus stratégiques car si les machines peuvent exécuter, c’est encore l’humain qui décide, qui crée, qui agit.