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Transition environnementale et ressources rares


Environnement | L'Europe et le monde

Dans un contexte de transformation numérique accélérée, l’Union Européenne s’engage résolument vers une économie verte. Cependant, cette transition, bien que nécessaire pour réduire la dépendance aux ressources fossiles, impose une gestion rigoureuse des ressources naturelles, particulièrement les minéraux et métaux essentiels aux technologies renouvelables.

La volonté de l’Union Européenne d’accélérer le verdissement de l’économie nécessite une transition rapide d’une économie qui reste très dépendante de ressources fossiles vers une économie produisant massivement à partir d’énergies renouvelables. Qui dit énergies renouvelables ne dit pas indépendance aux ressources naturelles cependant. Les équipements nécessaires à la production et à l’utilisation d’énergies renouvelables utilisent des minéraux et métaux disponibles en quantités limitées à l’échelle de la planète. La gestion de ces ressources, notamment dans les prochaines décennies où les investissements vont être massifs, nécessite une connaissance fine des besoins mais aussi des ressources disponibles.

Vers une demande croissante de minéraux : les enjeux du verdissement de l’économie

Du côté de la demande, la transition vers un système « net zero » pourrait réduire de deux tiers la consommation de matériaux à l’horizon 2050 (source : Agence internationale de l’énergie). Cette baisse globale s’accompagnera cependant d’une recomposition majeure de la structure de la demande, des ressources fossiles vers les métaux et minéraux utilisés pour les équipements des technologies vertes. Un rapport de l’AIE s’essaye ainsi à l’exercice périlleux d’estimation des besoins en ressources à l’horizon 2040. La demande de ressources minérales pour la production d’énergies renouvelables pourrait ainsi plus que doubler dans les vingt prochaines années. La moitié de la croissance de la demande serait tirée par le déploiement des voitures électriques et les besoins en stockage de l’énergie associés, conduisant à une augmentation importante des besoins en graphite, cuivre, nickel et lithium. L’incertitude autour de ces estimations est cependant majeure du fait de l’effet sur la demande des choix politiques de mix énergétique ainsi que des évolutions technologiques.

Défis géostratégiques et environnementaux : sécuriser les approvisionnements en ressources critiques

La structure de l’offre est également un élément clé du puzzle. La géographie des ressources est très différente sur les ressources fossiles dont dépendent aujourd’hui nos économies carbonées et sur les ressources utilisées dans une économie décarbonée. La Chine est aujourd’hui le principal exportateur mondial de graphite, de lithium et de certaines terres rares. Plus généralement, la production de ressources minérales est largement concentrée dans les pays émergents, en partie du fait de la délocalisation massive de ces activités polluantes par les économies développées. La part de marché de la République Démocratique du Congo dans les exportations mondiales de cobalt est ainsi de 88% quand l’Indonésie et les Philippines concentrent plus de 50% des exportations mondiales de nickel.

La dépendance à des économies émergentes n’est pas un problème en soit. Elle le devient si les conditions sociales et environnementales dans ces secteurs sont dégradées par rapport à une production domestique, ce qui semble souvent le cas en pratique. Berman et al (AER, 2017) mettent par ailleurs en évidence un lien causal entre les activités minières et la prévalence des conflits sur le continent africain. Enfin, la forte concentration de la production dans un très petit nombre de pays peut poser à l’avenir des problèmes géostratégiques. L’invasion de l’Ukraine par la Russie l’a démontré douloureusement : la dépendance commerciale peut devenir un outil de coercition dans un contexte de montée des tensions géopolitiques.

Dans ce contexte, la sécurisation des approvisionnements en ressources naturelles sera sans doute un élément clé du succès de la stratégie bas carbone. La Commission Européenne l’a bien compris, en témoigne le « Critical Raw Materials Act » qui établit des objectifs quantitatifs de diversification et de résilience sur les approvisionnements en 87 matériaux critiques. Reste maintenant à imaginer les outils de politique économique qui permettront d’atteindre ces objectifs.