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L’école, moteur de l’ascenseur social


Politiques publiques | Les pays

Écrit pour la session 7 – L’école, moteur de l’ascenseur social

L’opération, «l’éducation pour tous», initiée dès les premières années de l’indépendance, par le premier président de la République, Habib Bourguiba, a fait de l’école un véritable ascenseur social qui a permis aux enfants de toutes les régions du pays de bénéficier de la généralisation de l’enseignement et de sa gratuité, pour se construire un avenir dans la Tunisie indépendante et de participer, une fois le diplôme en poche, à son développement.

Mais cette vision a complètement changé et l’ascenseur, parce que mal entretenu, est, aujourd’hui, en panne.

Il ne suffit pas, en effet, d’accorder une part importante de ses ressources budgétaires à l’éducation, comme c’est le cas de la Tunisie avec environ 5% du PIB et 15% du budget général de l’Etat, pour rendre le système éducatif performantL’importance de l’éducation, de l’enseignement et de la recherche scientifique pour réaliser le développement socio-économique et surtout la sécurité alimentaire, hydraulique, énergétique et la transition écologique dans le cadre de l’économie du savoir, le développement des médicaments biologiques et la préservation de la santé du citoyen.

Le besoin de la Tunisie de toutes ses énergies et compétences pour suivre le rythme d’un monde en mutation et d’économies ouvertes et interconnectées,  la Tunisie a cherché, depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, à investir dans le capital humain, à soutenir la science et la connaissance, et à miser sur la généralisation et la démocratisation de l’éducation et la mise en place d’un système éducatif global, obligatoire et gratuit accessible à tous, en particulier aux filles, quelle que soit leur appartenance sociale.

L’école est obligatoire jusqu’à 16 ans et ouverte à tous les enfants. Ainsi se sont retrouvés ensembles des enfants issus de catégories socio-professionnelles très diverses.

L’école a été historiquement créée pour transmettre les savoirs à des enfants issus de catégories sociales élevées. Un fait important à citer lorsque l’on parle d’inégalités scolaires est le principe de massification. Ce terme désigne le fait que l’école s’est ensuite transformée en une école pour tous, dans le souci de permettre à chaque enfant  d’accéder à une éducation.

Le rôle de l’école est de faire en sorte que celui ou celle qui en a le plus les capacités puisse y arriver. Ainsi les meilleurs et les plus motivés peuvent faire des étincelles dans leur domaine. 

La réussite scolaire dans le primaire et le secondaire conditionne l’accès au type de bac, puis la réussite au bac.

Malgré ces progrès substantiels, des inégalités persistent et se manifestent par les différences en situations sociale au niveau du marché du travail, de l’accès à l’éducation, et les revenus. En effet, le rôle joué par le diplôme longtemps comme moyen d’accès à l’emploi et d’amélioration du niveau de vie est remis en cause.

L’ampleur du chômage varie profondément selon les régions où les régions de l’intérieur sont touchées plus que les régions de la côte : il est de deux à trois fois plus élevé ; ce qui accroît le risque de pauvreté, les activités informelles et l’exclusion sociale.

De même, l’accès à une éducation de qualité à tous les niveaux d’enseignement se caractérise encore par quelques aspects d’exclusion sociale relatifs au genre, au contexte socio-économique ou à d’autres circonstances.

Le mal qui ronge le plus l’école tunisienne et qui est devenu réellement récurrent, voire chronique, est celui de l’abandon scolaire qui est le résultat d’une série d’échecs que vit l’élève sur les plans familial, scolaire et social. L’école tunisienne produit désormais « la frustration et le désespoir et près d’un million de jeunes Tunisiens sont complètement désespérés 

Le système éducatif souffre, également, d’un mauvais rendement et les différents rapports d’évaluation réalisés au cours des dernières années sont unanimes, « malgré les réformes introduites dans le système éducatif et les performances quantitatives, le rendement interne ne s’est pas amélioré.

La Représentante Résidente de l’UNICEF considère que le système éducatif tunisien a commencé à déroger de son rôle d’ascenseur social depuis la création des écoles pilotes. Ces établissements n’ont fait qu’accroître les inégalités entre les enfants issus de familles aisées et ceux issus des familles plus modestes. “C’est une pure discrimination. Le futur gouvernement doit abolir les écoles et les collèges pilotes afin de permettre aux enfants d’être sur un même pied d’égalité”, a-t-elle dit.

il est vital, selon la Représentante Résidente de l’UNICEF, de mettre en place un mécanisme d’allocation familiale pour chaque enfant tunisien. Ainsi, il sera possible de leur permettre d’accéder à l’éducation et, aussi, à la santé.

l’école – longuement considérée comme étant un ascenseur social – s’avère aujourd’hui incapable de briser les inégalités sociales. En effet, au lendemain de l’indépendance et jusqu’aux années 1980, période pendant laquelle la Tunisie a connu une transformation socioéconomique profonde caractérisée par l’émergence d’une classe moyenne importante, nous assistions à une pénurie de qualification par rapport aux besoins de l’économie qui s’oriente de plus en plus vers des secteurs demandeurs de jeunes diplômés (industrie ou tourisme).

Pour combler ce déficit, l’Etat allait jusqu’à puiser dans les niveaux scolaires inférieurs pour promouvoir les jeunes à des postes de cadre supérieur. De ce fait, l’obtention d’un diplôme pour le fils d’un agriculteur ou d’un artisan était devenu synonyme d’une mobilité et d’une ascension sociale rapide. Pendant un certain temps, ce système a bien fonctionné, et l’ascenseur social est devenu un rêve permis pour les classes défavorisées. Cependant, nous avons déchanté aussi vite, et nous nous rendions compte rapidement qu’il s’agissait là d’une illusion puisque nous assistons aujourd’hui au schéma inverse : des diplômés de master, au chômage pour une durée de parfois plusieurs années, finiront par accepter des postes d’opérateur dans des centres d’appel. Pis encore, à l’heure actuelle, les non diplômés, décrocheurs pour la plupart n’ayant pas franchi le stade secondaire, ont plus de chance d’intégrer la sphère économique, notamment dans le secteur informel.

La Tunisie, en voulant démocratiser le système éducatif, est tombée dans la massification de l’éducation qui a engendré une inflation des diplômes sans commune mesure avec sa croissance économique. Il en résulte des chômeurs diplômés dans toutes les régions sinon dans toutes les familles. Cela est de nature à démoraliser les enfants, notamment ceux issus de familles pauvres, et à favoriser leur décrochage : « Si les aînés sont au chômage avec des diplômes, à quoi bon continuer ? » (Mandraud, 2014).

 On admet que les politiques d’éducation et de formation peuvent contribuer à des résultats économiques et sociaux positifs en stimulant le développement durable et en incitant la cohésion sociale. Dans cette perspective, les injustices en matière d’éducation et de formation entraînent l’exclusion sociale. En effet, les personnes dotées de faibles qualifications sont davantage exposées au chômage. Le système éducatif tunisien a subi et aurait subi des grandes transformations au niveau des modalités, objectifs et priorités.

.Ces mutations impliquent des réformes institutionnelles au niveau du secteur éducatif et des politiques éducatives.

l’inclusion sociale consiste à permettre à chaque citoyen, y compris les plus défavorisés, de participer pleinement à la société. Il vise à traiter différents problèmes tel que la pauvreté, l’exclusion sociale, les inégalités homme/femmes, etc.

Le score moyen des nations de l’OCDE est de 493 points. La Chine an obtenu la première

place avec 556 points, tandis que la Corée du Sud an obtenu 539 points, la Finlande an obtenu 536 points et Hong Kong an obtenu 533 points. Le Kirghizistan reste en retard avec 314 points, dépassé par l’Azerbaïdjan (qui an un score moyen des élèves de 362) et le Pérou (qui a 370 points).

Les étudiants tunisiens se classent au 60e rang en mathématiques, à la même place que l’Indonésie, avec un score moyen de 371. Ils sont derrière le Qatar avec un score de 368, le Pérou avec un score de 365, le Panama avec un score de 360 et le Kirghizistan avec un score de 331. Les étudiants de Shanghai ont la première place avec 600 points, suivis de Singapour avec 562 points et de Hong Kong avec 555 points. La note moyenne des nations membres de l’OCDE est de 496 points.

La Tunisie possède 401 points en matière de compréhension de la science, se classant en 55e position derrière le Monténégro et l’Argentine. Le Kirghizistan occupe la dernière place avec 330 points, suivi du Pérou qui a 369 points et de l’Azerbaïdjan qui a 373 points. Les étudiants de Shanghai sont à nouveau en tête des trois premières places avec 575 points, suivis des étudiants finlandais avec 554 points et des étudiants de Hong Kong avec 549 points.

Ces résultats indiquent clairement que nos élèves sont encore loin de la moyenne des pays développés comme la Corée, la Finlande et Hong Kong en termes d’éducation. Ils sont plus nombreux que les étudiants d’Italie, de Portugal, de Grèce et même de Turquie, et la Tunisie a toujours essayé de les égaler en notes.

Il faudrait revoir les manuels scolaires et les collections et diffuser des manuels et des collections correspondant à des programmes enrichis mais qui soient ludiques, attrayants et qui développent l’imaginaire et le rêve.

Il faut aussi supprimer les institutions eugéniques que sont les établissements pilotes, ces centres d’élevage d’une prétendue noblesse scientifique sur la base d’une prétendue culture de l’excellence. Il ne s’agit que de l’institutionnalisation d’une discrimination ploutocratique entre les élèves mais qui n’a rien à voir avec l’excellence. Il serait lus louable d’impulser un effet d’entraînement et d’émulation entre les élèves et de développer leur esprit de solidarité pour accompagner les plus faibles d’entre eux.

La conclusion est que le potentiel des élèves, et notamment des plus défavorisés, est fortement mal exploité pour ne pas dire négligé. Les programmes scolaires actuels, par leurs incohérences et leurs lacunes, ralentissent l’acquisition des compétences et des savoirs fondamentaux, en particulier de l’écriture – lecture – rédaction des langues et des premiers éléments des sciences et mathématiques et de culture générale.

Il faudrait un renforcement important de la cohérence des contenus des programmes de l’école primaire, avec un contrôle régulier des acquis réels des élèves par les enseignants sans qu’il soit pénalisant ou dévalorisant. Ce suivi ne doit pas exclure a priori le redoublement pour la faible proportion d’élèves ayant besoin de davantage de temps pour acquérir ces savoirs et compétences ou qui se trouveraient dans l’incapacité de passer dans la classe supérieure.
Le collège unique actuel, qui suscite la frustration des élèves en échec aussi bien qu’un ennui profond des élèves plus rapides, doit faire place à un collège commun diversifié, offrant des voies pratiques exigeantes et valorisantes à côté d’un enseignement général lui aussi de qualité.

Le lycée, plutôt que les actuelles filières à options qui engendrent un saupoudrage néfaste des savoirs, doit être envisagé avec une organisation, dès l’entrée en première année, autour de séries plus typées et plus diversifiées, permettant un enseignement disciplinaire moins dispersé, moins sectaire et plus approfondi tout en étant humain. L’introduction de disciplines nouvelles ne peut se faire correctement sans une forte synergie avec l’enseignement des autres disciplines notamment les mathématiques et les sciences, les langues, l’histoire et la géographie.