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Femina Economicus


Société | Solidarités

Un monde où règne l’égalité des sexes pourrait ajouter 28 000 milliards de dollars à la croissance mondiale :  un impact égal à la taille des économies combinées des États-Unis et de la Chine selon l’étude de la Banque Mondiale de 2016.

Ces chiffres ont encore augmenté en 2024 pour une population encore considérée comme une minorité alors que les femmes représentent bien 50% de la population mondiale et 50 % de la main-d’œuvre. Elles ont cependant un « vide » quant à la reconnaissance de ce travail non seulement au niveau juridique mais également au niveau économique. C’est tout l’objet des études menées par Dr Claudia Goldin, professeure à l’Université de Harvard qui a reçu récemment le Prix Nobel de l’Economie « pour avoir fait progresser notre compréhension de la situation des femmes sur le marché du travail ».

Dans le cadre de Forum « Femina Vox » que je dirige depuis plusieurs années sous le haut patronage de l’UNESCO pour célébrer la Journée Internationale des Droits des Femmes, j’ai eu la chance de collaborer avec celle-ci sur les fondements de ses découvertes.

Il a ainsi été frappant de voir l’invisibilité économique liée au statut du travail de la femme mariée qui est immédiatement associée aux tâches domestiques. Les registres sous la mention « épouse » n’enregistrent nullement la participation de ces femmes au marché du travail dans le domaine agricole par exemple aux côtés de leurs maris ou à la tête d’une entreprise familiale au XVIIIème et XIXème siècles.

La femme mariée fait également fuir le recruteur puisqu’elle va supposer être dans l’incapacité d’efficacité personnelle car « accaparée » par son couple ou par ses enfants et cela dès le début de l’ère industrielle. C’est ce que Dr. Claudia Goldin appelle « marriage bar », le « couperet du mariage », statut qui va enfermer la femme à n’être qu’un objet social maternel sans possibilité de reconnaissance de création de valeur économique réelle. On retrouve cette conception dans la « Courbe en U » de la Prix Nobel d’Économie qui montre bien le travail constant des femmes contribuant pleinement à l’économie de la société en lien avec l’invisibilité de leur travail. L’activité économique des femmes ne décroit pas au fil des siècles. C’est la reconnaissance et la mention officielle de ce travail qui est en lien avec le degré de « développement » des économies. Les registres montrent que l’emploi féminin est noté comme élevé dans les économies dites de subsistance mais décline lorsque les économies deviennent monétarisées en lien avec des emplois fortement manuels stigmatisés pour les femmes avant le XXème siècle. Une femme à cette époque occupant officiellement un métier dit « manuel » créerait un doute sur sa féminité car elle passerait au niveau social comme ne se consacrant pas entièrement au foyer familial ou aux réceptions permettant de maintenir le statut social de son mari.  A partir du XXème siècle, l’emploi féminin remonte lorsqu’il s’agit d’emplois « à col blanc » plus socialement « respectables » pour la femme.

Quand on étudie les comportements individuels dans la plus pure tradition de la théorie économique on se rend compte combien les femmes sur le marché du travail sont en résonance avec le contexte sociologique de leur époque : la mobilisation économique et industrielle née de la seconde guerre mondiale, l’apparition de la pilule contraceptive, l’arrivée d’un enfant, les pratiques de recrutement ou de gestion des carrières des entreprises et des organisations. Cependant, aujourd’hui encore il existe des différences flagrantes dans les résultats obtenus. Les femmes ont deux fois moins de chances que les hommes d’avoir un emploi salarié à temps plein. Celles qui ont un emploi rémunéré gagnent jusqu’à un tiers de moins que les hommes. Elles sont plus susceptibles de travailler dans des activités à faible productivité ou d’avoir un emploi « informel ». La nécessité de quotas pour équilibrer les instances de gouvernance telles que les Conseils d’Administration d’entreprises cotées tentent de changer la donne notamment avec le directive « Women on Boards » de l’Union Européenne de 2023 mais il y a encore beaucoup à faire pour une totale inclusion visible et paritaire de l’emploi féminin. Gageons que des cabinets ayant pour but la parité comme Leyders Associate saura permettre de rétablir un équilibre sain dans les rapports de gouvernance pour lutter contre l’invisibilité du travail des femmes dans la société d’aujourd’hui.